Kabila cède son fauteuil à Tshisekedi, première alternance pacifique en RDC

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En prêtant serment jeudi 24 janvier, Félix Tshisekedi est devenu le cinquième Président de la RD Congo. Il succède ainsi dans une passation de pouvoir inédite à Joseph Kabila, à la tête du pays depuis dix-huit ans. Un événement historique, car depuis son indépendance en 1960, le Congo n’avait jamais connu d’alternance sans violence.

L’événement est inédit. C’est la première fois, depuis l’indépendance de la République Démocratique du Congo (RDC), que le chef d’État sortant passe le pouvoir pacifiquement au chef d’État entrant. Félix Tshisékédi a prêté serment jeudi 24 janvier au Palais de la Nation, à Kinshasa comme 5e Président de RDC après une période électorale très agitée. Le Président entrant a insisté dans son discours d’investiture sur la «réconciliation» du pays.

«Nous avons été votre fervent adversaire, Monsieur le Président. Nous n’oublions rien de nos combats politiques», a-t-il précisé.

Pour souligner le caractère historique de cette passation de pouvoir paisible, Félix Tshisekedi n’a pas manqué de rendre un hommage à son prédécesseur, Joseph Kabila qu’il décrit comme «l’un des acteurs de la matérialisation de l’alternance démocratique».
Un événement salué dans l’opinion sur le continent, même si certains sont persuadés qu’il ne s’agit que d’un changement d’homme à la tête du pays, mais pas de système gouvernant. Le politologue camerounais Richard Makon, dans une interview accordée à Sputnik le 14 janvier dernier, mentionnait à ce sujet:

«Joseph Kabila reste le seul maître du jeu dont il détient les principales cartes. Il est renforcé dans sa stratégie par la victoire écrasante de sa coalition aux élections législatives, qui semble lui garantir une majorité des sièges au Parlement. Cette position politique majeure obligera tout Président de la République issu de l’opposition à un partage de pouvoir avec Joseph Kabila et ses partisans, qui pourront constituer une majorité de blocage, constituant un obstacle de taille pour l’exercice du pouvoir central et la conduite des politiques publiques du nouveau Président. Pour rappel, le Premier ministre, en vertu de la Charte constitutionnelle du Congo, est obligatoirement issu des rangs du parti majoritaire à l’Assemblée nationale.»

Il soulignait également que:

«Joseph Kabila s’est trouvé contraint d’opérer un choix de survie, abandonner l’option initiale d’imposer Emmanuel Ramazani Shadary comme successeur pour donner la victoire à l’opposition la moins dangereuse pour ses intérêts et sa propre survie. Dans ce calcul politicien, Félix Tshisekedi ne pouvait que tirer le gros lot.»

Il reste tout de même que jamais depuis son indépendance, en 1960, le Congo n’avait connu pareille alternance. Joseph Kabila avait succédé il y a 18 ans à son père Laurent-Désiré Kabila, assassiné. Kabila père avait renversé en 1997 le maréchal Mobutu, qui avait lui-même renversé en 1965 le président Joseph Kasa-Vubu. L’ex-Premier ministre Patrice Lumumba avait été assassiné en janvier 1961.
Le discours d’investiture de Félix Tshisekedi a été interrompu à cause d’un soudain malaise. Après une dizaine de minutes de panique au palais de la Nation, à Kinshasa, le Président élu de 55 ans a pu poursuivre la cérémonie de passation de pouvoir. Elle s’est déroulée en l’absence des chefs d’État et de gouvernement des pays occidentaux, mais 17 chefs d’État africains étaient présents à cet événement historique.